Une démocratie en veille sous le Soleil d’été.
Aujourd'hui, 21 juin, c'est le jour du solstice d'été. Il s'agit d'un moment précis, un instant géométrique où le Soleil, dans son mouvement apparent sur la sphère céleste, atteint son point de hauteur maximale à l'horizon pour notre hémisphère. Ce matin, à 4h42, cet événement astronomique s'est produit : le moment où la Terre se présente au Soleil exactement avec le pôle Nord incliné directement vers lui. Cela signifie, de notre point de vue terrestre, que le Soleil atteint la déclinaison la plus élevée de l'année : +23°26', une mesure qui correspond naturellement à l'inclinaison de l'axe terrestre par rapport au plan de l'écliptique.
Cette position varie lentement au fil des millénaires en raison d'un effet que l'on observe aussi en jouant avec une toupie : la précession. La précession des équinoxes est donc due à ce genre d'oscillation de l'axe terrestre causée par la combinaison des effets gravitationnels du Soleil et de la Lune. C'est un phénomène qui déplace le solstice le long de la bande zodiacale, dans un cycle qui dure environ 26 000 ans !
Le solstice, bien qu'étant un événement astronomique, a toujours eu une portée symbolique. Les civilisations anciennes l'ont célébré comme un moment sacré, lié à la fertilité, à la protection et au renouveau. Elles observaient le Soleil et suivaient ses rythmes pour semer, récolter, construire des temples et marquer le temps. Au col du Petit-Saint-Bernard, nous avons la chance de posséder un témoignage important de cette ritualité avec le célèbre Cromlech. Et si aujourd'hui nous disposons de satellites et d'horloges atomiques, le charme profond de cet instant précis où le Soleil "s'arrête" demeure intact chaque année — car c'est cela, au fond, que signifie solstice : "Soleil stationnaire".
Une pause imperceptible dans sa course, comme un souffle du ciel, qui nous rappelle que même le temps peut ralentir un instant.
Qui sait si ce moment de souffle solaire ne pourrait pas aussi être un moment de réflexion et de nouveau départ pour la politique valdôtaine, sachant que l'été qui commence astronomiquement aujourd'hui sera un été électoral chaud.
Il y a quelque chose de paradoxal dans l'air quand une élection approche. Les forces politiques s'agitent, se confrontent, relancent leurs propositions, réactivent les polémiques, nouent des alliances. Tout semble très vivant, animé, participatif. Pourtant, en regardant autour de soi, on a la nette impression que la majorité des gens ne participe pas vraiment. C'est comme si la politique parlait toute seule, dans une pièce remplie de miroirs, tandis que dehors, la voix des citoyens devient de plus en plus faible.
En Vallée d'Aoste, comme ailleurs, cette distance se fait sentir avec force. On ne voit plus de grandes discussions sur les places, dans les cafés ou les marchés comme il y a quelques décennies, quand la veille d'une élection était un moment particulièrement vif et effervescent. Une occasion de parler d'avenir, de valeurs, d'appartenances et de programmes. La politique, même chez nous, est devenue beaucoup plus fluide et l'on ne trouve plus de sujets capables d'enflammer le débat public. Ces moments étaient des occasions auxquelles les citoyens participaient avec passion, car la politique était perçue comme quelque chose de concret et capable d'agir directement et immédiatement sur la vie de chacun.
Aujourd'hui, le paysage est très différent. Les confrontations ne manquent pas — au contraire, elles sont nombreuses. Pensons au récent débat sur la réforme de la loi électorale régionale, qui a introduit trois préférences et des critères pour la représentation des genres. Une réforme approuvée par le Conseil de la Vallée qui sera — pour la première fois dans notre histoire — soumise à un référendum confirmatif le 10 août prochain.
Un référendum, comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire, qui n'a pas réussi à enflammer les cœurs des Valdôtains lors de la collecte des signatures pour son activation.
Était-il donc vraiment nécessaire de l'activer ? Étant donné le peu d'intérêt manifesté par les citoyens et la nature marginale de la modification introduite ?
Le référendum, en tant qu'outil politique, a déjà fait des victimes célèbres : je me tiendrais prudemment à distance si j'étais parmi les promoteurs, ou pire, parmi les sept conseillers signataires, seuls vrais responsables de son activation. En bien comme en mal.
Un mot, plus lié au débat politique pour les élections municipales du chef-lieu régional, revient souvent en ce moment : discontinuité. Un concept qui, s'il est utilisé avec cohérence, peut ouvrir de nouvelles phases vertueuses. Mais lorsqu'il est instrumentalisé, vidé de son sens ou imposé, il produit l'effet inverse : confusion, méfiance et désaffection envers la politique elle-même. Exactement dans la continuité — justement — de ce que je disais plus haut.
Bien que la discontinuité soit souvent présentée comme une expression de renouveau démocratique ou comme une réaction à des échecs administratifs, elle se révèle dans de nombreux cas comme une construction rhétorique fonctionnelle davantage à un calcul politique qu'à une véritable volonté de changement. C'est un mot commode : fort dans le langage, vague dans le contenu. Ce qui le rend facilement manipulable.
Il arrive que l'on invoque la discontinuité en l'absence d'une vision politique alternative concrète. On propose un nouveau nom, mais sans projet solide, sans enracinement territorial, sans équipe. Le risque est de remplacer une administration solide par une solution faible, instable, improvisée.
La nouveauté en soi n'est pas une garantie de qualité.
Pour en revenir à la politique régionale, il faut dire que les confrontations avec l'État ne manquent pas non plus, et sont souvent animées : je pense à l'annulation par l'État de la norme qui introduisait des nouveautés sur le status des administrateurs locaux et sur la limitation des mandats pour les syndics. Des normes sur lesquelles la Vallée d'Aoste dispose d'une compétence statutaire.
La réponse de la politique valdôtaine a été immédiate : recours à la Cour constitutionnelle, déclarations fortes, appels à l'identité et à la défense des prérogatives statutaires. Pourtant, là encore, l'opinion publique est restée en marge. Le risque — bien réel — est que ces affrontements, au lieu de renforcer le sentiment d'appartenance et l'engagement, l'affaiblissent encore davantage. Car si chaque initiative régionale est ensuite bloquée "par Rome", la perception générale est celle d'une impuissance structurelle. Et si la politique locale est perçue comme incapable d'agir réellement, alors pourquoi s'y intéresser ?
Ce sentiment de méfiance n'est pas seulement émotionnel, mais profondément politique. Il est aussi alimenté par la difficulté à distinguer entre un affrontement institutionnel sain et une polémique stérile permanente. Le citoyen ordinaire, désorienté, risque de percevoir ces conflits comme des jeux de pouvoir entre élites, plutôt que comme des combats qui le concernent. Ainsi, la distance grandit. La participation diminue. Le désintérêt se transforme en résignation.
Et pourtant, jamais autant qu'aujourd'hui, il n'y aurait besoin du contraire. Les thèmes de l'agenda politique pour les prochaines années sont cruciaux. Des questions qui exigent une vision politique, certes, mais aussi de l'écoute, de la participation, de l'engagement réel des communautés. Car sans citoyens actifs, la démocratie s'appauvrit, perd de sa force, se vide de son sens.
Alors peut-être que le vrai défi pour la politique n'est pas tant d'allumer les projecteurs sur la scène, que de redescendre parmi les gens. De recommencer à parler un langage compréhensible, concret. De reconstruire des liens, de la confiance, de l'intérêt. De faire en sorte que même le citoyen le plus simple puisse sentir que sa voix compte, que sa participation peut faire la différence.