Hier soir, alors que je me rendais à Gressan pour le comice de clôture, une amie m’a appris une triste nouvelle : mon professeur, Mario Trèves, nous avait quittés.
Ma pensée est immédiatement allée, vu le moment, à il y a quelques semaines, lorsque j’avais eu le plaisir de le rencontrer à notre comice à Eresaz. J’avais pu le saluer parmi le public, en évoquant le rôle important que la figure de son oncle, l’abbé J.M. Trèves, avait eu dans l’histoire du fédéralisme et de l’autonomie de la Vallée d’Aoste. À la fin de la soirée, nous avions échangé quelques mots avec plaisir. Comme toujours, ses premières paroles avaient été : « Le mina et la fenna itun bien ? ». Sa première préoccupation était toujours de demander si mon épouse et mes enfants allaient bien.
Mario était un fédéraliste et autonomiste convaincu. Pendant de nombreuses années, il s’était engagé dans l’administration communale d’Emarèse, dont il fut le Maire de 1985 à 1990, et vice-président de la Communauté de Montagne du Mont Cervin. Passionné par les Batailles de Reines, on le rencontrait souvent en compagnie de son cher frère, auquel il a consacré ses soins affectueux toute sa vie. Il a créé le Calendrier des Batailles, en soignant personnellement les premières éditions et en reversant les recettes à des fins caritatives.
C’était un homme d’une grande culture et d’une grande humanité. Il avait étudié la Philosophie auprès des pères dominicains à Chieri, puis la Théologie et les Lettres à Turin. Je me souviens bien que, pendant les cours de religion au lycée, si nous avions une interrogation importante à l’heure suivante, nous lui demandions de pouvoir réviser. Le professeur Trèves non seulement nous laissait faire, mais il nous aidait, capable d’approfondir presque toutes les matières avec facilité et naturel.
Durant ces années, j’ai beaucoup apprécié sa figure d’éducateur, au sens le plus large. Il cherchait toujours à nous transmettre l’importance de l’amour pour la vie et pour le prochain, sans jamais oublier une référence à l’histoire de notre Vallée, qu’il aimait profondément. Avec moi, il aimait aussi parler du Tsan, un sport que je pratiquais encore à l’époque. Il en était un grand passionné, y avait consacré un livre et avait été secrétaire puis président de l’association valdôtaine de Tsan. Quelques années plus tard, j’ai eu l’occasion d’être son collègue dans ce même lycée à Saint-Vincent.
Mario Trèves a permis à beaucoup d’entre nous d’approfondir et d’étudier la grande figure de l’abbé Trèves, dont il fut l’un des principaux spécialistes, en lui consacrant plusieurs ouvrages : L'Abbé J.M. Trèves – Le parcours d’un Valdôtain, Ne pas se plaindre et gémir et Deux flambeaux sur la Vallée. Encore l’hiver dernier, en relisant une fois de plus certains passages du premier de ces textes, je lui avais envoyé un message pour partager une pensée : il répondait toujours avec plaisir, enrichissant l’échange de réflexions profondes.
Même lorsque nous ne nous voyions pas pendant quelque temps, ses messages arrivaient toujours, surtout dans les moments difficiles. Je me souviens avec émotion de certains d’entre eux, lorsque j’étais Président de la Région, pendant les jours difficiles de la pandémie et ensuite lors du changement de présidence. Des messages simples, mais remplis d’une grande proximité humaine : ceux d’un ami sincère, capable de donner des conseils fraternels.
Aujourd’hui, j’ai un grand regret : ne pas avoir pris le temps de monter en voiture pour aller à Chassan le voir et échanger quelques mots. Ses messages se terminaient toujours ainsi : « Espérons de nous voir bientôt pour faire deux mots ».
Je veux terminer mon humble petit souvenir d’une grande personne avec les dernières phrases de son livre L'Abbé J.M. Trèves – Le parcours d’un Valdôtain :
Retenons enfin l’ultime message de l’abbé Tréves, expression lumineuse d’un esprit également inspiré au spirituel que fortement lié au terroir. Il est contenu dans un passage de ses écrits que nous dédions à tous ceux qui sont découragés, à ceux qui proclament que rien ne va plus, que tout est perdu :
« La grande joie de la vie tout comme son premier devoir n’est vraiment pas de se plaindre et gémir. Elle est au contraire dans la volonté ferme et tenace de faire et agir, de semer et de planter, de construire et de fonder avec foi et amour ; de réaliser en un mot la divine parole de saint Paul : faire la vérité dans la charité !
Courage et haut les cœurs !
En tout, partout et toujours : confiance en Dieu ! »
Le chemin de l’amour, qui est le propre du message chrétien, est le seul qui puisse conduire à la liberté, affranchir l’humanité de l’égoïsme qui est à l’origine de tout esclavage et de toute dictature.
Merci mon Professeur, Adieu mon Ami.